Après quinze jours à Rio on lève le camp pour Pétropolis, à 70km kilomètres au Nord, dans la montagne. Perchée à 800m d’altitude, Pétropolis fut choisie au 19e siècle par l’empereur Dom Pedro II comme refuge pendant les canicules estivales à Rio. Le « refuge » étant un palais aujourd’hui reconverti en musée, que l’on a pu visiter avec intérêt car il nous a permis de découvrir cette période de l’histoire brésilienne. En un siècle le Brésil est passé d’une colonie portugaise à une république abolissant l’esclavage, en passant par un empire et une monarchie constitutionnelle.

On commence par faire recharger notre bouteille de gaz vide, puis on fait une belle balade jusqu’au sommet d’une montagne qui surplombe la ville, étendue et dispersée. On ne croise aucun autre promeneur, mais le coin est malgré tout très fréquenté : on aperçoit des oiseaux dont notre star que l’on a baptisé « oiseau chouineur » avec son cri caractéristique, un escargot géant (espèce africaine invasive pouvant peser jusqu’à 1kg !), plein de ouistitis, des fourmis coupe-feuille, 2 vaches et 1 âne.




Je prends un moment pour papoter avec Lolotte qui est ronchon depuis quelques jours. Elle m’explique qu’elle a besoin de plus de moments seule, au calme, et que le fait d’être presque toujours à 4 et souvent dans un petit espace est parfois difficile. Il est vrai que notre Lolotte est une boule d’énergie (ceux qui l’ont déjà vue s’entrainer des heures à faire la roue et le piquet dans le salon savent de quoi je parle), et il est usant pour elle de vivre dans un camping-car où il faut toujours faire attention à ses gestes car tout est fragile et doit rester en bon état pour la revente. Ca l’est pour nous aussi car on sait qu’on lui en demande beaucoup, qu’on la harcèle un peu. Elle s’habitue malgré tout et on passe quand même beaucoup de temps dehors, mais il est certain que le retour dans notre maison avec de grandes pièces et un grand jardin où courir sans être fliquée en permanence sera un soulagement pour elle.
Après une nuit pas géniale dans la rue, on décide d’aller dormir dans un espace privé aménagé pour les voyageurs en camping-car, quitte à allonger quelques billets. C’est une tendance qu’on privilégie de plus en plus car c’est beaucoup plus de confort pour assez peu de frais supplémentaires : dans un camping où on peut sortir table et chaises et se poser dehors (pas encore fait dans la rue mais ça finira bien par arriver!), et on se fait plus facilement à manger. Ça nous évite de faire les gros et d’aller au resto , cette dernière option étant souvent instinctivement privilégiée chez tout Ptitdid qui se respecte. On se retrouve donc seuls dans cet espace clos avec cuisine, table, churrasco, wc douches et jardin. Comme si on avait une maison à nous pendant 24h, qu’on décide vite de transformer en 48h. C’est le bonheur : on joue au ballon avec Lolotte, on s’entraine à lancer et dribler car elle veut se mettre au hand au retour. On se dit que vu son énergie, sa carrure et son côté un peu brute, elle devrait accrocher sans problème ! Pendant ce temps Oli et Nanie font des perles tranquillou. Ensuite on se fait un bon barbeuk et apéro, on joue aux dés, on finit même par danser, on rigole bien. Une fois les filles au lit on papote longuement avec Nanie et on finit par sortir la guitare pour les prémices d’un talentueux duo dont le répertoire s’étoffe peu à peu. Bref un super moment à 4 puis à 2 qui nous remet les curseurs au vert, et nous donne envie de continuer à profiter des plaisirs simples, tranquillement.




Le lendemain, non sans une petite gueule de bois, on met le cap sur Saquarema, une ville côtière à quelques dizaines de kilomètres à l’est de Rio. On fait une étape dans un restau routier franchisé, « Casa do Alemão », qui affiche fièrement sous son logo « depuis 1945 », ce qui n’est pas très vendeur de notre point de vue…
Saquarema est une ville très agréable. Elle borde l’océan d’un côté, avec de belles vagues de surf reconnues mondialement (c’est l’une des étapes du championnat du monde), et de l’autre une petite lagune sans vagues idéale pour la baignade. On alterne entre les deux, en prenant des cours de surf au passage, avec puis sans les filles qui ont fini avec un bobo au poignet pour Oli et le nez en sang pour Lolotte, la première ayant décidé de suspendre sa carrière pour le moment (malgré un joli take off !), contrairement à la seconde (surprenant, n’est-ce pas ?).
Le centre-ville dégage une ambiance de petite station balnéaire tranquille et décontractée avec des restos de poisson, des bars qui débitent de la samba jours et nuits, des glaciers, etc… on profite de tout ça pendant plusieurs jours en général sous un soleil agréablement atténué par le vent côtier. On invente la marelle avec une tong, la « tonguelle », sur une marelle peinte sur la place centrale où on goûte au passage les délicieuses spécialités bahianaises d’un food truck. On n’ira finalement pas jusqu’à Bahia par manque de temps, mais entre ça et tout ce que l’on a entendu et lu sur cet état qui semble superbe à tous points de vue, je me dis qu’il faudra revenir au Brésil un jour… On dort dans un petit parking privé (un terrain vague) dont les patrons tiennent un stand de rue avec de délicieux cocktails et jus de fruits frais. Juste à côté, une très jolie petite église du XVIIe siècle, blanche et bleue, est perchée comme un phare sur une colline face à la mer, et qui surplombe la ville. La vue est magnifique.






Je profite de mes réveils plus précoces que ceux des filles pour me balader sur la plage le matin, et continuer à m’initier à la pratique de la méditation pleine conscience que je découvre depuis quelques semaines via une application. Je trouve ça très agréable et bénéfique, comme on me l’avait souvent rapporté. Mon seul problème : étant souple comme un manche à balais au point de me demander parfois si mon bassin est vraiment doté d’articulations, je galère à m’asseoir en tailleur comme les « vrais ». Mais ça m’encourage à m’étirer, c’est pas du luxe.
Nanie continue à jouer magistralement son rôle de maîtresse d’école, même quand les filles sont ronchonnes à souhait, et ce n’est pas toujours une mince affaire. On nous a d’ailleurs prévenu à plusieurs reprises que ce n’est pas évident et que nombreuses sont les familles qui finissent par lâcher l’affaire. Nanie arrive toujours très calmement à ses fins : elle s’adapte, explique, reprend, encourage, temporise… à tel point que je me demande si elle ne médite pas en cachette elle aussi. Mais non, juste son litre de café et sa vapote. A ce rythme et d’après ses prévisions, le programme sera bouclé avant notre retour !
Il faut dire qu’Oli est franchement motivée depuis qu’elle a décidé de devenir vétérinaire. Ça n’a rien d’étonnant, elle est en permanence à l’affut du moindre animal à observer, insectes, oiseaux, crapauds, chiens galeux… En prenant conscience du parcours que ça implique, elle a redoublé de motivation pour faire ses devoirs. Je suis particulièrement content pour elle de voir qu’elle arrive maintenant à moins s’énerver et se décourager quand elle ne réussit pas du premier coup, car c’était sans doute sa plus grande source de difficultés. Plus généralement, elle fait souvent preuve d’une sagesse que je ne pensais pas voir arriver aussi vite.
De son côté Lolotte veut toujours être chef cuisinière, ce qui colle toujours aussi bien à son côté fonceuse. L’école se passe bien, la difficulté pour elle étant de ne pas brûler des étapes qui lui semblent inutiles. Elle commence à en prendre conscience.
C’est génial d’avoir le temps d’essayer de mieux les comprendre et de les accompagner plus dans leurs apprentissages. On se rend compte que l’enjeu est vraiment de les aider à trouver la bonne méthode d’apprentissage, et surtout de façon plus générale le bon état d’esprit. Après ça l’assimilation du contenu n’est qu’une formalité.


Une fois l’école fermée, les filles passent beaucoup de temps dans l’eau. Elles savent maintenant à peu près nager (passer 1h par jour dans la flotte pendant 2 mois ça aide), ne craignent plus les vagues, et on a développé toute une palette de jeux dans l’eau et dans le sable, plus ou moins sportifs ou artistiques, selon le type de sable, si les vagues sont trop grosses ou pas, s’il y a des cailloux/coquillages/algues ou pas. On finit en général par une partie de cartes (odin ou trouduc) à l’ombre du parasol, parfois en sirotant une noix de coco. Ensuite c’est resto avec belote en attendant d’être servis.
La vérité, on n’est pas malheureux…



Je profite pour bricoler un peu Francine qui ne nous épargne pas les inévitables problèmes techniques que nous savons maintenant inhérents à un grand voyage en camping-car : notre frigo bug toujours en mode gaz malgré plusieurs bidouilles, l’une de nos fenêtres de toit s’est arraché avec le vent (réparation 2 semaines après, en attendant j’ai fait une belle cloison en sac poubelle et scotch de compet’), bras de fenêtre latérale arraché par le vent, étagère effondrée à force de vibrations, portes de placards qui s’ouvrent en roulant… La revente et le retour à une maison en dur et spacieuse sera une vraie consolation à la fin du voyage !


Mais comme d’hab les moments les plus cool surgissent de nulle part : j’emprunte du mastic pour ce ###### de frigo à des voisins qui bricolent de l’autre coté de notre parking. Le contact est bon, à tel point que Fabrizio nous invite le soir même à la fête de ses 45ans qu’ils sont en train de préparer ! Groupe de samba live, jeux pour les enfants : la soirée est agréable pour tout le monde !

Après une dernière petite session perles/film pour la team Oli-maman et surf/ptit dej en ville pour la team papa-Lolotte , on lève le camp pour Arraial do Cabo. C’est une presqu’île battue par les vents (qui ne nous ont pas épargnés, cf supra), dotée des plus belles plages que l’ont ait vues au Brésil, et ce n’est pas peu dire. Sable fin et blanc, eaux limpides, nature préservée autour, et snorkeling avec grandes tortues de mer qu’on voit parfois à 2 mètres de nous ! Le camping est royal pour un prix dérisoire : toutes commodités, douche XXL qu’on squatte 30mn par jour après la baignade (on avait du crédit douche à utiliser, croyez-moi…), à 300m d’une plage isolée ou je me balade tous les matins, seul dans un cadre incroyable, avant d’aller rejoindre mes 3 chéries au réveil pour le petit déjeuner, puis plage avec les filles… Les ingrédients du bonheur sont là. On se fait un ou 2 restos en ville : on prend moqueca , un délicieux ragoût bahianais de poisson au lait de coco et citron vert avec plein d’aromates, et du poisson fraichement pêché grillé.







On continue à progresser tranquillement vers l’état de l’Espiritu Santo que nous n’attendrons finalement pas : avec la réparation du lanterneau qui nous retarde de 15 jours et la nécessité de sortir du Brésil avec 10/15 jours d’avance pour pouvoir y retourner après le Paraguay pour visiter le Pantanal, nous ne pouvons pas nous aventurer plus loin… En plus nous arrivons dans la zone de l’embouchure du Rio Paraiba do Sul, qui comme pour le Rio de la Plata en Argentine/Uruguay, donne un aspect vaseux à l’océan, le rendant nettement moins agréable pour la baignade. Notre dernière étape se fera dans un petit hameau perdu où nous ne croiserons qu’un très jeune cow-boy promenant ses vaches sur la plage, pendant notre habituelle balade familiale au soleil couchant. On passe la nuit bercés par le son des vagues, et le lendemain demi-tour et direction nos coups de cœur : Cabo Frio, Saquarema et Rio das Ostras où on attend pépère l’arrivée du lanterneau quelques jours plus tard, en continuant notre petite vie au rythme brésilien.





Une fois notre lanterneau livré puis installé, on met le cap sur les chutes d’Iguaçu puis le Paraguay. On fait 3 grosses journées de route, où on commence à écouter le livre audio des Fourmis en traversant sur des centaines de km d’immenses champs de canne à sucre, dont une importante proportion étant destinée à la production d’éthanol pour les voitures. On réalise mieux l’ampleur de la déforestation que cela implique.
On fait aussi une halte de 36h dans un joli petit vignoble où on passe une journée archi tranquille sur les tables et les hamacs du resto bar désert, perché sur une colline. Le pinot noir est pas mal, mais surtout on organise un grand comparatif des différents chips disponibles au Brésil.
On arrive enfin à la frontière Argentine qu’on passe sans difficulté pour aller visiter les chutes d’Iguaçu.
La suite au prochain épisode !






