Nous décidons d’aller voir le côté argentin des chutes d’Iguazú, le côté le plus impressionnant car c’est là qu’on est au plus près des cascades. Le côté brésilien offre plutôt une vue d’ensemble des chutes. Nous passons donc la frontière à Foz do Iguaçu pour passer à Puerto Iguazú. On se pose dans un petit camping tout mignon avec une petite piscine où les filles ont le temps de barboter un peu à la tombée de la nuit.
Comme tous les touristes le lendemain nous sommes à l’entrée du parc à l’ouverture. On prend un petit train qui nous approche des chutes, puis on se promène dans la forêt dense et on entend le vrombissement qui devient de plus en plus assourdissant. On avance sur des passerelles au dessus du fleuve et on tombe sur ces chutes qui se multiplient sur plusieurs kilomètres de large, se rejoignant au maxium dans un immense U où le débit est tellement important que l’on ne peut pas voir le fond à travers l’air chargé de brume, dans cet endroit où le fleuve Paraná s’élargit brusquement. On apprendra par la suite que les cascades s’étendent sur près de 3km et 80 mètres de hauteur. Le débit de l’ensemble des cascades peut aller jusqu’à six millions de litres d’eau par seconde (soit six mille tonnes) ! On reste bouche bée quelques temps.




Le parc est immense. On peut se promener au dessus et au pied des chutes. On fait les balades de long en large pendant presque 5h. On voit plein d’hirondelles sur les falaises. On alterne entre promenades tous les 4 dans la forêt, et les flots de touristes qui passent leur temps à faire des selfies sans vraiment regarder le décor.



Après une pause déjeuner bien méritée nous rentrons nous poser au camping. Piscine party jusqu’au soir. Les filles nagent de mieux en mieux, et Etienne commence à les initier au plongeon.



Le lendemain matin, après la séance d’école et un petit plongeon dans la piscine, nous prenons la route pour le Paraguay. On décide de prendre le bac entre l’Argentine et le Paraguay, pour éviter d’avoir à repasser par le Brésil. Manque de bol, arrivés au bac tout est fermé. On apprend que la journée a été déclarée fériée au Paraguay, parce que le pays s’est qualifié à une compétition de football. Tiens donc, mais qu’est-ce que c’est que ce pays ! On apprendra plus tard qu’au Paraguay il y a peu de vacances données au travailleurs, mais une quinzaine de jours fériés par an, dont 3 à placer dans l’année en fonction des événements.
On ne se démonte pas, on va traverser par le Brésil. 4 postes frontière à passer (sortie Argentine, entrée Brésil, sortie Brésil, entrée Paraguay). Sachant qu’à chaque fois il faut faire les démarches pour nous mais aussi pour Francine. On est chauds. Et tout se passe comme sur des roulettes.
On traverse Ciudad del Este, grosse ville très bordélique vraiment pas très sexy. Puis on file un peu plus à l’ouest chez Chef Cédric, un français installé au Paraguay depuis quelques années, très actif sur les réseaux de voyageurs. En chemin on croise un vélo à contre-sens sur l’autoroute, des familles à 3 sur une mobylette, sans casque et avec un bébé sans les bras… Ça rappelle le Nicaragua à Etienne !

Le soir c’est fondue savoyarde grâce au délicieux fromage suisse fabriqué à côté, par un suisse installé là depuis 20 ans (chez qui on ira faire une razzia quelques jours plus tard), et au savoir faire de Cédric qui est savoyard. C’est un personnage bourru râleur pas toujours agréable, mais il cuisine bien. On se régale !

On y rencontre Lucas, un voyageur francais de 26 ans, en sac à dos en Amérique du Sud depuis plusieurs mois, et sa chérie Nashli rencontrée au Pérou. Les deux sont adorables et on passe une belle soirée à papoter en francais et espagnol… Ça revient vite et on est quand même nettement plus à l’aise qu’en portugais !
Le lendemain mardi 30 septembre, après un super petit déjeuner concocté par Cedric, nous partons visiter le barrage d’Itaipu. On embarque Lucas et Nashli dans Francine, les filles sont tellement heureuses de discuter en français qu’elles racontent plein de choses, et Lucas est vraiment un amour avec les enfants, il leur pose plein de questions, tout en faisant l’interprète pour sa chérie. Elles racontent notre voyage, les animaux, les fruits en portugais, etc. Avec Étienne on a des étoiles plein les yeux.


La centrale hydroélectrique d’Itaipu est la 3ème plus grande du monde, les 1ères places étant détenues par des barrages chinois, mais c’est celle qui a record mondial de production cumulée d’électricité. Elle fournit 90% de l’électricité du Paraguay et 20% de celle du Brésil. Elle a été construite entre 1970 et 1984, a utilisé quinze fois plus de ciment et creusé un volume huit fois supérieur à la construction du tunnel sous la Manche (soit 12 500 000 m3 de ciment). Le barrage principal mesure 196 mètres de haut, ce qui équivaut à un immeuble de 65 étages. L’eau accumulée en amont du barage a noyé la cascade des sept chutes, alors les plus importantes chutes du monde !

Après cette visite assez surprenante nous déposons Lucas et Nashli qui partent au Brésil, puis on s’arrête manger dans un petit resto tenu par un japonais adorable. On mange bien et à volonté pour 11€ à 4. On savait que le Paraguay était un pays peu cher mais on est quand même surpris ! Le patron nous explique plein de choses sur le Paraguay, notamment comment réagir quand la police corrompue nous arrêtera pour nous demander de l’argent. Il faut dire que le Paraguay est un des pays les plus corrompus au monde. Mais comme on pourra le vérifier les rares fois où on nous a arrêté, le mot a été donné il y a quelques années de laisser les étrangers tranquilles, car le paiement de bakchich devenait mauvais pour le tourisme.
Cédric nous met en lien avec son voisin garagiste, qui s’avère être une perle. Nous dormons dans son garage pendant 2 jours, pendant qu’il fait toutes les révisions, nous met des amortisseurs maous costauds, répare la fuite du pare-brise que nous avons découvert la veille, commence à traiter la corrosion qu’il découvre sous le camping-car… Nous profitons de ce temps à l’arrêt pour nous régaler de plats japonais. Il y a deux grosses communautés japonaises au Paraguay (~10 000 personnes), et nous sommes au milieu de l’une d’elles. À nous les ramens, sashimi et brochettes yakitori dans la rue. Lors d’une balade entre deux averses nous tombons même sur un temple bouddhiste que nous visitons.



Une fois les réparations terminées nous allons nous poser quelques jours au Sud du Paraguay, dans un camping à Bella Vista. On peut se baigner dans le fleuve Paraná, il y a même une petite plage de sable. L’eau n’est pas claire mais elle est bonne. Etienne se baigne à contre cœur au début en pensant à tous les reportages sur les fleuves tropicaux d’Amérique du sud pleins de piranhas et autres caïmans, mais voyant les paraguayens à l’eau il réussit à se lancer. On croise des iguanes, des chouettes terrier, et beaucoup de crapauds ! Deux d’entre eux viennent s’installer tous les soirs entre les tables du restaurant. On les a prénommés Bob et Michel. Par contre on ne saura jamais lequel des deux a fait une bouillie d’excréments très odorante sur le sac à dos d’Étienne…





Le 7 octobre c’est journée musées. Le matin visite d’un musée privé d’objets historiques chez un passionné d’origine allemande. Ses arrières grands-parents ont fondé la ville ! Il nous raconte l’histoire du Paraguay et de la communauté allemande, la corruption omniprésente due aux différentes dictatures, dont celle d’Alfredo Stroessner qui a duré 34 ans. Il nous dit que beaucoup de nazis sont venus se réfugier dans le coin, dont le fameux médecin d’Auschwitz Josef Mengele, mais qu’avant ça c’était des allemands qui voulaient travailler la terre. On parle aussi de la guerre de la Triple-Alliance. Pour résumer, le Paraguay était un des pays les plus riches et industrialisés d’Amérique du sud en 1865, quand son président Francisco Lopez s’attaque au Brésil. Pas de bol, le Brésil s’allie à l’Argentine et à l’Uruguay, et c’est un massacre. En 1870 plus des deux tiers des hommes paraguayens sont morts, le Paraguay cède 140 000 km2 au Brésil et à l’Argentine, soit la moitié de son territoire. Son économie ne s’en remettra pas.
L’après-midi c’est visite d’une exploitation de maté. Cette plante est autant bue au Paraguay qu’en Uruguay, par contre ici on la boit souvent infusée dans de l’eau froide, boisson qu’on appelle le terere. Les filles trouvent ça très bon. Après une dégustation assez chaotique où la table a bu autant de terere que nous, la boisson est validée. On ressort le matero et la bombilla du voyage précédent, on s’achète un super thermos et on se met au terere.

Ensuite nous allons nous poser dans le camping ultime à Hohenau. Deux grandes piscines avec toboggans, panier de basket, tables de ping pong, plein de voyageurs en camion, des prés avec pleins d’animaux, une petite ferme avec nandus, tapirs, dindons, chèvres. Ils y a même des perroquets qui te sifflent et disent « holaaaaa » quand tu passes devant leur volière. On y croise notamment une famille d’allemands en voyage avec leurs deux garçons depuis 5 ans. On passe de bon moments avec eux, on accroche bien. Jorgen qui est un bricoleur de haut vol (il a carrément monté la cellule de son camion), il rigole bien avec Étienne qui apprend petit à petit à rafistoler Francine. Il a notamment beaucoup ri le soir où on s’est garés sous un arbre fruitier et qu’on a déménagé en pleine nuit car on n’en pouvait plus du clong clong des fruits qui tombaient sur le toit à cause de la pluie.



Quant aux filles elles se font une copine allemande : Yoleina (il n’y a que des allemands dans ce coin), qui vient tous les après-midi avec sa famille. Chaque jour c’est le défilé des bouées dans la piscine, ils en ont une dizaine et les prêtent à qui veut. En plus dans ce camping ils vendent aussi les glaces artisanales à la coco et au dulce de leche dont on raffole ♡ Au final on y restera plus de 10 jours !



Bon, on n’a pas fait que de la farniente quand même. On a trouvé un super garagiste (encore), qui a enfin réussi à réparer notre frigo, traité la corrosion pour de bon (3 jours de traitements), et plein d’autres petits trucs au passage. Et on a visité les ruines jésuites du coin : celles de Trinidad et de Jesus, classées au patrimoine mondial de l’Unesco. On a un peu de mal à intéresser les filles à l’histoire de ces vieilles pierres, surtout qu’on doit traduire au fil de l’eau les explications des guides quand on en croise. Olivia préfère observer les oiseaux par exemple. Jusqu’à ce qu’elle se fasse sermonner de très très près par un couple d’oiseaux dont elle se rapprochait un peu trop des petits. Mais avec Étienne on accroche bien, on se renseigne sur cet épisode des missions.


Pour résumer encore (je sens bien que j’écris trop), les jésuites ont débarqué à la fin du XVIème siècle au Paraguay pour évangéliser le peuple Guarani. Les franciscains avaient essayé avant eux mais n’avaient pas réussi car ils ont plutôt essayé de les réduire à l’esclavage pour trouver de l’or, et les guaranis se sont révoltés. Les jésuites arrivent et fondent des communautés, appelées missions, ou réductions, où tout le monde vit en harmonie. Les terres sont cultivées par la communauté et les bénéfices distribués à parts égales, après acquittement de l’impôt au roi d’Espagne. Chaque famille a en plus son petit lopin de terre privé. En parallèle les guaranis vont à la messe, les enfants vont à l’école et apprennent le guarani, l’espagnol, le latin et les mathématiques. Le peuple Guarani adhère, les jésuites créent la langue écrite guarani (langue encore parlée par 80% des paraguayens et officielle au Paraguay avec l’espagnol), une trentaine de missions sont créées. Chacune d’environ 5000 guarani pour 2 frères jésuites. Mais en 1750 les espagnols et portugais se partagent l’Amérique du Sud, et la majorité des missions passent côté portugais. Or Jean V, roi du Portugal, a les jésuites en horreur, et côté espagnol on aimerait bien remettre les guaranis en esclavage. Les missions disparaissent donc en 1767, les jésuites sont expulsés en 1768, et les guaranis retournent se cacher dans la forêt.



En partant du camping vers Asunción, on s’arrête à la mission San Cosme y Damian. Le frère jesuite qui l’a créée était passionné d’astronomie, et elle reste un grand observatoire. On visite les ruines l’après-midi, les guides sortent un grand télescope pour qu’on puisse voir la couleur du soleil, et ils nous expliquent plein de choses sur les saisons, l’inclinaison de la terre, les instruments qu’avaient les jésuites à l’époque, mais je vous épargne le résumé détaillé ! On revient le soir cette fois-ci pour voir les étoiles. On pourra même observer Saturne et ses anneaux.





Le lendemain on devait monter pour la capitale Asunción, mais la météo s’annonce très mauvaise 8 jours plus tard. Le mois de novembre étant pluvieux au Brésil nous faisons nos calculs et décidons finalement de prendre la route pour le Pantanal brésilien, afin d’être sûrs de visiter la région sous le soleil. Nous ne serons pas déçus !