Nous arrivons à Sucre, capitale constitutionnelle de la Bolivie, le 3 novembre. La route pour y accéder est magnifique. Nous entrons dans une zone plus aride, les couleurs sont incroyables.
Nous nous installons dans un petit camping dans le centre ville, dans le jardin de Carolina et de son frère Luís.
On peut tout faire à pied, on se précipite pour visiter le centre ville et surtout le marché central. Ce marché est immense, plein de couleurs et de stands en tout genre. Dès le premier jour on teste le comedor familiar, une énorme cantine où une dizaine de femmes préparent des plats typiques de la Bolivie comme la sopa de mani (bouillon légumes, poulet et cacahuètes) ou le pollo mondango (plat traditionnel à base de poulet, sauce tomates, maïs et piment).
Ensuite c’est direction les étals de fruits. C’est le printemps ici, et tous les fruits sont délicieux. Étienne se gave de mangues tous les jours, les filles c’est plutôt cerises, prunes, pêches, pastèques… Pour un prix dérisoire on se fait préparer des salades de fruits énormes, avec chantilly et toping. Charlotte est au paradis.
La première semaine Etienne nous organise plein d’activités et visites. On commence par un food tour avec Christian, bolivien ayant grandit en Suisse. Il est très intéressant et nous en apprend beaucoup sur la Bolivie. On se balade et on mange pendant 5h !
On termine au parc Bolivar, le paradis des enfants avec toboggans géants. On y retournera souvent par la suite pour se poser sur des bancs à l’ombre pendant que les filles s’amusent. On y croisera quelques familles françaises avec enfants bien sympathiques. Les filles sont ravies de jouer avec des enfants français et nous d’échanger sur nos voyages respectifs.
Nous avons notamment rencontré une famille de toulousains en voyage en sac à dos. Nous étions tous les quatre au restaurant (comme souvent !) lorsqu’on entend derrière nous « Arrête de te gratter les fesses ». Lolotte les regarde et s’écrit « Oh des francais ! ». Nous éclatons tous de rire, puis nous partons sur une longue conversation de baroudeurs. Ils voyagent pendant un an comme nous, avec Clémentine qui a l’âge d’Olivia et son petit frère Paul. Les filles deviennent bonnes copines et s’écrivent encore régulièrement.
Nous avons pris un cours de cuisine bolivienne et cocktails sur les hauteurs de Sucre, chez Ancestral. La dame qui nous accueille (dont nous n’avons pas retenu le nom…) est d’une patience infinie avec les filles, et nous apprend énormément de choses sur sa famille qui cultive les produits que nous cuisinons. Nous passons 3h à alterner fabrication de cocktails, préparation de trois plats typiques de la région, et dégustations.
Le lendemain nous partons pour une expédition dans la Cordillera de los Frailes. Nous marchons pendant une heure sur une portion conservée du chemin des incas entre Sucre et Uyuni, à 3600 mètres d’altitude. C’est un chemin pierré au milieu de montagnes grandioses, que les incas empruntaient pour transporter le sel à dos de lamas entre Uyuni et La Paz. Les panoramas sont impressionnants, colorés, souvent à flanc de montagne avec précipices vertigineux. On en prend plein les yeux.
On termine par la Garganta del Diablo, grotte creusée dans la roche avec stalactites.
Le samedi 8 novembre nous faisons une matinée avec Brigida, femme quechua qui nous reçoit chez elle pour nous apprendre à tisser des bracelets boliviens. Ce n’est pas facile et on galère un peu mais repart tous avec notre beau bracelet tissé par nos soins, on est ravis. J’y retournerai même plus tard deux demies journées pour perfectionner la pratique, et je me suis procuré tout le matériel pour essayer de renouveler l’expérience.
Le soir nous allons voir le spectacle Origenes. C’est une sorte de cabaret avec des danseurs inépuisables qui présentent les différentes danses de la culture bolivienne.
Le dimanche nous grimpons le Cerro de la Recoletta, colline au pied de Sucre. C’est un peu difficile, Sucre étant à 2800 mètres d’altitude, mais on arrive au bout et on peut profiter de la vue magnifique sur la ville.
Nous y retournerons quelques fois par la suite, surtout Etienne et les filles qui essaieront de battre leur record de montée, avec une bonne glace artisanale en récompense !
Le lendemain c’est visite de la Casa de la Libertad, qui raconte entre autres que Sucre et le berceau de la lutte pour l’indépendance en Amérique du Sud. Puis nous allons au restaurant gastronomique Nativa. Pour 20€ par personne nous dégustons 10 plats, 3 cocktails et 2 verres de vin ! Même les filles se régalent et découvrent la cuisine gastronomique. Charlotte, qui voudrait être cuisinière plus tard, montre encore une fois qu’elle a un excellent palais.
Nous sommes aussi allés visiter un site archéologique où on peut voir des empreintes de dinosaures. C’est assez impressionnant de voir ces marques de pas à la verticale sur la roche. On ne peut que mieux imaginer les effets de la tectonique des plaques et ça nous permet d’expliquer pas mal de choses aux filles.
Le mardi 11 novembre nous nous préparons à reprendre la route bientôt. Étienne part essayer de trouver de l’essence avec Luís, propriétaire du camping. C’est compliqué. Avec les pénuries d’essence dans le pays, les stations ne veulent pas nous servir. Étienne et Luís essayent le syndicat des routiers mais c’est encore un refus. Ils terminent au ministère des hydrocarbures qui leur donne finalement une autorisation pour 50 litres à récupérer dans des bidons. Ouf, on va pouvoir rouler.
Le soir nous allons au restaurant avec la famille de toulousains avec qui nous avions bien accroché. Les filles deviennent meilleures amies avec Clémentine, et nous passons tous une excellente soirée.
Le 13 novembre nous prenons donc la route. Départ à 7h57, un record ! On se dirige vers Uyuni, afin de visiter le salar si mythique. Mais au bout d’une heure de route un voyant rouge s’allume sur le tableau de bord. Le manuel nous indique que c’est un problème avec le circuit du gazoil et qu’il faut aller dans un garage dès que possible… Nous faisons donc demi-tour, direction Sucre à nouveau, le moral dans les chaussettes.
Le garage nous prend quelques jours plus tard et le premier verdict tombe : le diesel que nous avions réussi à mettre dans le réservoir était extrêmement sale, avec eau et poussières. Le filtre à gazoil est mort, et ils n’en ont pas à Sucre. Il faut le faire venir de Santa Cruz. Nous devons donc attendre une dizaine de jours.
Pas de problème, nous allons pouvoir profiter de la belle ville de Sucre un peu plus !
Le 16 novembre nous partons faire une balade à cheval avec Johnny. Il est adorable, et ses chevaux aussi. Les filles peuvent les brosser, elles adorent. Les chevaux sont dynamiques et à l’écoute, nous sommes plus autonomes que lors de la première balade au Brésil. On s’essaie même au trot et au galop !
On visitera aussi le cimetière magnifique de Sucre, différents musées, et la cathédrale. Elle est splendide et nous pouvons même nous balader sur ses toits ! Étienne et Oli ont le vertige et apprécient moins, mais Lolotte et moi adorons.
Le 21 novembre le filtre à gasoil est reçu et installé. Mais le voyant rouge est toujours présent… Les impuretés se sont sûrement déplacées dans le circuit, il va falloir nettoyer un peu plus. Le 22 les mécanos ont démonté et remonté le moteur pour nettoyer la pompe à gasoil et les injecteurs, mais Francine ne redémarre plus… Il va falloir commander un nouveau filtre à gasoil, et un câble pour pouvoir passer la valise car ils n’ont pas le bon en Bolivie. Heureusement Luís est au Chili et se propose de nous envoyer tout ça.
Étienne gère le déménagement de Francine dans un endroit calme et rentre sans elle. Nous devons partir à l’hôtel pour le week-end. Nous en trouvons un en centre ville mais nous passons une nuit horrible, agrémentée de pétards jusqu’à très tard, puis les cris de la viande saoule, puis les klaxons des voitures.
On ne se laisse pas abattre, nous trouvons un airbnb un peu plus éloigné du centre pour quelques jours. (On y passera presque un mois…) C’est un peu le bonheur d’avoir de l’espace, deux chambres, une vraie cuisine. On est quand même contents, ce sont des vacances dans les vacances !
Quelques jours plus tard Francine ne démarre toujours pas. On se dit que sans camion on peut quand même faire du tourisme, et nous décidons de partir faire le salar d’Uyuni en bus. Départ le 26 novembre pour 4 jours d’excursions dans un endroit irréel, on vous racontera ça dans un article dédié.
Au retour début décembre nous reprenons notre airbnb et les jours passant un petit quotidien s’installe. Nous avançons sur le programme scolaire, nous allons un jour sur deux manger dans notre restaurant préféré, le Cosmo. Gabriela la serveuse est un ange avec qui nous parlons un peu plus tous les jours, le menu quotidien est à chaque fois délicieux et vraiment pas cher, on adore.
Nous investissons régulièrement l’Alliance Française dont la bibliothèque pour enfants est très fournie. Nous testons les salles d’arcade, toujours plus de restaurants.
On fait aussi beaucoup la cuisine avec les filles. Le marché central est notre source d’inspiration.
On prend du temps pour nous. Étienne écrit deux morceaux pour la fanfare (prochains tubes assurément !), et continue les aller-retours tous les deux jours au garage. Je monte une association depuis la Bolivie avec Claire et Audrey, deux copines créonnaises pour la vente de mes bijoux. Et je trouve le temps d’en réaliser des dizaines.
Le 11 décembre le câble et le filtre arrivent. On se dit que peut-être qu’on sera partis avant Noël finalement. Le 16 Etienne et les mécanos partent faire un tour d’essai, et plus de voyant rouge ! Très bonne nouvelle, qui vient avec la seconde : le turbo ne fonctionne pas bien, on n’a plus de pêche en troisième et dans les montées Francine a du mal… Ils ont dû mal remonter quelque chose, ils gardent Francine encore un peu.
Le jeudi 18 les tests sont concluants, on va pouvoir prendre la route ! Avec consigne d’aller directement dans un garage en Argentine car les mécanos ne sont pas très sûrs de la santé des injecteurs, et ils ne peuvent rien diagnostiquer en Bolivie. Ça tombe bien car le matin même le nouveau gouvernement bolivien a décidé de tripler le prix de l’essence, des blocages sont à prévoir à partir du lundi.
Le samedi 20 nous prenons la route à 6h ! On veut avoir du temps devant nous au cas où il y ait un problème. Bingo, vers 9h on entend comme une durite qui saute, et bim, plus de jus du tout. On s’apprête à faire encore une fois demi-tour, quand Étienne a une idée lumineuse. Il me demande d’ouvrir le capot, bidouille un truc, et se relève avec une mine éblouissante. Il a réparé le turbo de Francine ! On hallucine complètement tous les deux. Gros coup de bol, la veille le mecano lui avait montré comment ça fonctionnait, et c’était pile cette durite qui avait sauté. (On se demande comment il avait été remonté ce turbo…).
On reprend la route, prochaine étape qui nous fait peur : la ville de Potosi. Située à 4200 mètres d’altitude, c’est le gros cap que nous avons à passer. Après ça, ça descend jusqu’en Argentine. Mais bien sûr, si nous manquons d’oxygène à cette altitude, Francine aussi. Ça ne loupe pas, à 5km à peine du plus haut de la montée de Potosi, Francine n’arrive plus à avancer. On se retrouve à l’arrêt, au milieu d’une circulation dense, brouillonne, avec des bus stressés partout, c’est un peu la panique. Le pire moment du voyage jusqu’à présent. Etienne essaie de trouver quelqu’un pour nous tracter pendant deux heures. Mais même si nous avons les câbles adéquats, qu’ils ont tous la boule nécessaire sur leur voiture, et que nous proposons de payer, personne ne veut nous aider à gravir ces 5km restants.
On finit par appeler une dépanneuse, qui va nous tracter jusqu’à l’autre bout du col. Nous passons une dernière petite montée et enfin nous entamons la redescente. Nous recommençons à respirer !
Le reste de la route jusqu’à Tupiza se passe sans encombre. Nous dormons un peu plus tranquille. Le lendemain matin nous arrivons à la frontière, pas de blocages en vue. Après une fouille minutieuse du camping-car par la douane, et le passage de Francine dans un scanner géant, nous voici en Argentine !
Nous avons adoré la ville de Sucre. Quelle chance nous avons eu de tomber en panne dans cet endroit magique. Mais quand même, après un mois et demi, il était temps de rouler un peu et retrouver la nature, la campagne, notre petit cocon d’amour exigu.
Allez, garage suivant 🙂






































































Tout est vraiment magnifique. Les photos sont parfaites. Les commentaires sont pile comme il faut. Assurément ce voyage marquera votre vie.
Cette histoire de carburant destructeur en Bolivie est source de sensations fortes et variées.
J’adore les bracelets boliviiens.
Merci de nous faire participer aux joies de ce voyage inoubliable.
Merci Papa 😘