PARTIE 1/2 – De Bonito à la frontière bolivienne

Le 20 octobre, une fois la frontière Paraguay/Brésil traversée, on retrouve les champs de canne à sucre à perte de vue. Après quelques heures de route on arrive dans la partie Sud du Pantanal. Le Pantanal, c’est une immense plaine qui s’étend entre Brésil pour sa plus grande partie, Bolivie, et Paraguay. Elle se transforme en marais une grande partie de l’année, formant l’une des plus grandes zones humides du monde. C’est l’écosystème le plus dense de la planète, protégé des pressions humaines sur 1,3% de son territoire, et notamment des pratiques agricoles très prédatrices au Brésil. Il n’est en revanche pas protégé du réchauffement climatique comme l’ont montré les dramatiques incendies en 2020 qui ont rayé de la carte 1/3 de ses forêts. C’est une étape importante de notre voyage : on sait qu’on va en prendre plein des yeux, et les filles, du haut de leurs 7 et 8 ans sont particulièrement impatientes d’observer les animaux.

La première étape de notre excursion dans le Pantanal Sud se situe aux alentours de la ville de Bonito, réputée pour les eaux cristallines de ses rivières, idéales pour le snorkeling. On s’installe dans un joli camping, et à peine sortis de Francine on voit déjà un magnifique couple d’aras rouges en train de se gaver de mûres dans un arbre à côté. On observe plein d’autres oiseaux, notamment le Tyran quiquivi, qui nous accompagne de son chouinement caractéristique depuis pas mal de semaines déjà. En se baladant avec nos jumelles et la fantastique application Merlin qui identifie avec une redoutable efficacité le cri de tous les oiseaux à proximité, on découvre peu à peu le plaisir de l’observation des oiseaux, comme pendant une chasse au trésor.

On se baigne au fond du camping dans une petite rivière aux eaux limpides, pleines de poissons colorés, avant-goût prometteur de ce qui nous attend le lendemain. La tombée de la nuit s’accompagne d’un vacarme impressionnant d’insectes aux sons relevant parfois du film de science-fiction, et laissant place à un fond plus doux qui accompagne agréablement notre première nuit en pleine nature.

On se réveille tôt pour parcourir les quelques dizaines de kilomètres qui nous séparent du Rio da Prata. On y fait une balade guidée de 2h en snorkeling dans cette rivière qui évolue dans une dense forêt tropicale. D’ailleurs notre guide, au cours d’une petite promenade pédestre en forêt nous menant jusqu’à la rivière, nous explique qu’on risque de croiser un sucuri (anaconda) qui vient de manger un capybara (50kg) et enchaine naturellement sur une sieste digestive de quelques jours. Ambiance ! La balade aquatique se passe bien, les poissons multicolores foisonnent, et tout le monde passe une super matinée qui se solde par un bon gros buffet à volonté à la brésilienne, avec du dulce de leche fait maison… On finit pleins comme des sucuri à comater dans des hamacs. Puis on part pour 4h de route jusqu’à l’endroit où on passera la nuit et ou on laissera Francine le lendemain pour se faire amener en 4×4 dans une ferme au cœur du Pantanal sud.

Après 1h de piste durant laquelle on croise déjà serpents, aras et caïmans, on arrive dans la fazenda, grande ferme pleine de chevaux, poules, moutons… Il y a même une piscine. Notre chambre est climatisée, ce qui n’est pas désagréable vue la chaleur écrasante contre laquelle on a l’habitude de lutter dans Francine avec nos petits ventilateurs. Pour l’anecdote, Lolotte nous a fait péter les plombs un certain nombre de fois car elle oubliait régulièrement de fermer la porte de la chambre qui donnait directement sur l’extérieur, le Pantanal donc, avec ses serpents, araignées plutôt costaudes, fourmis rouges… bref un formidable ilot de biodiversité, mais que l’on souhaite observer A L’EXTERIEUR DE LA CHAMBRE. Heureusement, nous n’avons croisé aucun jaguar dans la chambre, que des mignonnes petites grenouilles dans les toilettes.

On part l’après-midi même pour un safari en pickup avec celui qui sera notre guide pendant ces 4 jours : Jaguar-Man. C’est ainsi qu’il se présente, et on se demande sur le coup si c’est vraiment de bon augure… On ne s’attendrait pas à ce qu’un guide français s’appelle Montmartre-man ou Pottock-du-pays-basque-man. A l’évidence, ce n’est pas un gage de qualité de notre point de vue. Jaguar-man nous explique qu’un touriste l’avait nommé ainsi pour avoir croisé à de nombreuses reprises cet animal emblématique du Pantanal que seuls quelques chanceux aperçoivent lors de leur voyage, surtout dans la zone sud où il est plus rare. Nous ne ferons pas partie des élus, mais Jaguar-man, passionné par la faune de cette région qu’il habite depuis toujours, nous fera découvrir des dizaines d’autres animaux en nous faisant bénéficier de son sens de l’observation affuté et de ses explications éclairées, le tout agrémenté d’anecdotes et de traits d’humour bien placés. Un personnage, ce Jaguar-man. En plus il se balade avec une machette et a la voix (française) de Sylvester Stallone, que demander de plus ?

Cette balade sur les pistes du Pantanal sud, puis d’autres les jours suivants à pied, ou en bateau sur le rio Miranda, de jour et de nuit, nous permettront d’observer cette foisonnante nature sauvage. Des oiseaux avant tout : tuyuyu ou jabiru d’Amérique (3e plus grand oiseau au monde derrière l’albatros et le condor des Andes que nous espérons voir dans quelques semaines), toucans, les magnifiques aras bleus, ibis, hérons, de nombreux rapaces, mais aussi des capybaras, caïmans, singes, cerfs, coatis, renards, iguanes, serpents, mygales, lucioles… On rentre chaque soir lessivés par le soleil et les levers précoces, mais heureux !

Les filles font leur première balade à cheval et sont ravies, surtout que Nanie leur lit chaque soir depuis plusieurs semaines un roman dont le héros est « l’étalon noir ». Elles ne parlent que de cheval, veulent faire du cheval, veulent un cheval dans le jardin, etc. Moi qui, travaillant aux urgences, ai toujours dit « pas-de-cheval-pas-de-trampoline », je me suis mis dans de beaux draps. Mais je ne peux pas leur enlever que c’est hyper agréable.

L’avant dernier jour Nanie se repose un peu à l’abri de la canicule, tandis qu’avec les filles on part à la pêche aux piranhas après avoir fait une balade aux aurores avec Lolotte. Jaguar-man nous amène sur un embarcadère du rio Miranda, nous donne à chacun une canne à pêche rustique en bambou, un bout de viande sur l’hameçon, et c’est parti. A peine l’appât est-il immergé qu’on sent qu’il se passe quelque chose là-dessous. Oli sort un piranha au bout d’environ 30 secondes, puis un 2ème, 5mn après ! Jaguar-man, tout en nous montrant la dentition acérée des poissons, nous explique qu’il n’y a aucun danger à se baigner dans le Rio Miranda, tandis qu’un caïman l’écoute paisiblement nous parler quelques mètres plus loin. Quelques malades plongent et sortent de l’eau avec l’air de ressentir intensément le plaisir d’être en vie. Je sors tous mes jokers : « mes filles ne savent pas bien nager, elles vont s’inquiéter, on est déjà allés à la piscine tout à l’heure, etc ». Faut pas déconner, déjà que Lolotte a laissé la porte de la chambre ouverte.

Jaguar-man nous commande ensuite du caïman frit, dont le goût et la texture sont entre le poulet et le poisson blanc. Plus fade dans l’assiette que dans la rivière. Le retour se fait de nuit à l’arrière du pick-up, sous un ciel tapissé d’étoiles comme on n’en voit pas chez nous. On contemple ce spectacle en essayant de repérer des constellations australes avec les filles, lesquelles finissent par s’endormir sur moi, et moi je vis un moment assez merveilleux !

On rentre à la Fazienda où Nanie nous attend pour manger avant de partir pour une excursion de nuit. On passe notre tour pour aller dormir. Elle nous racontera le lendemain avoir vu un tapir géant, une biche, un renard, une tarentule, et un gogo dancer (trouvez l’erreur).

Après une dernière petite promenade pour dire au revoir à Jaguar-man et aux aras bleus, on nous ramène jusqu’à notre brave Francine qui n’a pas bougé. La retrouver elle et la route nous remonte le moral qui était un peu morne après ce superbe séjour.

La suite de la journée est un marathon éprouvant qui nous amènera jusqu à Corumba, ville frontalière entre Brésil et Bolivie où on remplira nos bidons de 40L de gasoil car la Bolivie souffre de pénuries sévères et chroniques, recharger en eau, remettre de l’ordre dans la cale où tout s’est cassé la gueule sans doute lors d’un passage sur une piste.

On fait le tour de la ville pour retirer de l’argent qu’on changera de l’autre côté car les distributeurs sont quasi inexistants en Bolivie hors des grandes villes, et les paiements par CB loin d’être possibles partout.

On se lance ensuite dans le passage de frontière. La sortie du Brésil se fait sans difficulté, comme d’hab, mais c’est une autre affaire pour la Bolivie. Une horrible fonctionnaire zélée, détestant ouvertement les européens, nous recale car on ne trouve pas le numéro de chassis sur notre camping-car, numéro que l’on ne nous a jamais demandé jusqu’alors… Je bataille avec elle, puis ses collègues, j’embarque les filles pour faire un peu de cinoche mais rien à faire… ça dure des heures, il fait déjà nuit et la journée a été longue. On finit par nous demander de revenir le lendemain, en nous laissant comprendre que si on tombe sur quelqu‘un d’autre ça pourrait mieux se passer.

On roule de nuit sur une route bolivienne fidèle à ce qu’on avait imaginé, bien dégueu, pleines de cratères. On trouve une espèce d’hôtel où on nous laisse passer la nuit dans notre camping-car, après une douche salvatrice dans cette ambiance tropicale ultra humide. Je ponce le web, mes contacts, chatGPT, en me faisant assassiner par des nuées de moustiques affamés parce qu’on ne capte le wifi qu’à un endroit bien précis de l’hôtel, à 15m de Francine… Et puis merde on décide de clore cette journée en se disant qu’en général quand l’entrée en matière est chiante, après on se régale. Le moral reste bon !

Le lendemain je cherche partout ce foutu n° de chassis, je nettoie la terre du châssis pour trouver le numéro gravé mais rien. On va à la douane en se préparant à bien jouer la comédie, et parallèlement on réfléchit à solution alternative comme faire faire une fausse plaque.

Au moment où un fonctionnaire de la migration nous explique qu’on va devoir continuer à chercher, un voyageur sur un groupe whatsapp m’explique où est le numéro, planqué sur le seul côté du siège conducteur où on n’avait pas regardé. Soulagement ! Le type retourne chercher la ******* qui râle en disant qu’elle a autre chose à faire que de s’occuper de touristes européens. A notre départ, je ne parviens pas à réprimer un sourire condescendant qui me fait grand bien.

Nos papiers enfin récupérés, on met le cap sur le village d’Aguas Calientes. On fait halte pour déjeuner dans un boui-boui en taule sur le bord de la route où on goute une délicieuse soupe aux mani (cacahuètes) et aux pattes de poulet. La cuisinière est sympa, ce qu’on apprécie particulièrement après notre premier contact glacial avec les boliviens de la migration.

 

2 thoughts on “De Bonito à Samaipata – Partie 1

  1. Bravo Étienne. C’est parfait.
    Probablement que vous ne pensiez pas vivre de tels moments magnifiques. Cette première moitié de votre voyage est très réussies.
    La bise.

  2. Merci Ghislain.
    On t’embrasse depuis Sucre, on s’apprête à partir 4 jours en expédition dans l Altiplano en attendant que Francine soit réparée.
    Bises

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