Quand nous entrons à nouveau en Argentine le 14 mars nous n’avons qu’une mission en tête : trouver quelqu’un pour nous fabriquer un nouveau pare-brise. Le nôtre étant fêlé nous ne pouvons pas le vendre en l’état aux guyannais. Étienne a déjà contacté des dizaines de garages en Argentine, Paraguay, Brésil, mais ça ne donne rien. Il est trop volumineux, ils n’ont pas de four adapté. Il y aurait peut-être un garage à Mendoza, mais il prend 3000€, ou le constructeur français, 7000€ sans la livraison… On est un peu désespérés.

Apparemment on aurait une chance vers Córdoba, deuxième plus grosse ville du pays. Donc on se repose une journée après nos 1000km depuis le Chili, et on file vers Cordoba. On y fait la révision de Francine : tout est impeccable ! Pendant ce temps on visite un peu la ville, qui est vraiment immense. Il y a beaucoup de rues piétonnes, à l’ombre de grands arbres. On se demande encore une fois pourquoi on ne plante pas plus dans les villes en France, c’est tellement agréable !

Les filles sont dans une période dessin. Elles se posent à un endroit et dessinent ce qu’elles voient. On passe une bonne heure dans la cathédrale pour qu’elles puissent dessiner l’autel.

On visite le musée des disparus de la dictature, los desaparecidos. On y voit notamment des affiches avec tous les visages de ces personnes enlevées par les militaires, j’en suis très émue. On explique ce qu’a été la dictature aux filles, elles visitent avec nous les salles d’emprisonnement et de torture. Je pense qu’elles comprennent un peu ce qui s’est passé. En tout cas leur conclusion sera : « c’est vraiment pas bien », c’est déjà ça !

Le vendredi 20 mars on a déjà fait le tour de pas mal de garages de la ville, et on ne trouve personne. L’ambiance est de plus en plus tendue entre nous. Étienne n’en peut plus de passer ses journées sur son téléphone à chercher une solution. Il n’a plus de temps pour être avec nous, encore moins pour faire un peu de sport ou de méditation, et ça se fait sentir. Le clash arrive. On met un stop, ça ne peut plus continuer comme ça. On finit par arriver à avoir une discussion calme et productive, et on prend une décision : on termine d’étudier les 2 pistes qu’il nous reste et si ça ne marche pas on vend le camping-car en l’état, quitte à annuler la vente avec les guyannais et à retourner brader Francine au Chili.

La 1ere piste est le plus gros vendeur de pare-brise du coin, spécialisé poids lourds. Lui ne peut pas nous le faire, mais il a un contact chez un constructeur. Il envoie les dimensions de notre pare-brise, et on devrait avoir un retour de l’usine le lundi suivant. On part donc patienter dans un camping pour se mettre au vert. L’ambiance est de nouveau au beau fixe. Étienne peut enfin poser son téléphone, on fait des balades, des barbecues, du pain scout, on se repose. Prendre des décisions ça fait du bien.

Le lundi réponse de l’usine : ils peuvent nous le faire pour 2500€, mais ils gardent le camping-car pendant 30 jours ! On est un peu dépités, on ne se voyait pas trop passer un mois dans un airbnb à Córdoba… On revient sur notre 2ème piste, celle de Mendoza qu’on avait mise de côté car trop chère. Étienne les appelle : ils prennent les dimensions et on peut repartir avec Francine pendant qu’ils le fabriquent, ensuite 2 à 3 semaines d’attente. Banco, on reprend la route dans l’autre sens, direction Mendoza !

Mercredi 25 mars Francine se fait mesurer. On retrouve notre ville préférée. Ses restaurants, son parc immense, son ambiance agréable. On est contents que ce soit ici qu’on doive attendre quelques semaines. On continue de mettre en place des choses dans la famille. Par exemple, on décide d’impliquer plus les filles dans les programmes des journées, en échange elles promettent de ne pas demander que des glaces et des films, et s’engagent à moins râler pour aller faire des balades ou des musées. Ça fonctionne vraiment pas mal. On oublie trop facilement que ce n’est pas simple pour elles de se faire baloter tout le temps sans avoir leur mot à dire.

Une fois les mesures faites on peut partir un peu en vadrouille. On commence par aller refaire une petite balade à cheval à Uspallata, on avait trouvé cette région à presque 3000 mètres d’altitude magnifique. Nous retournons chez Daniel et ses fils, mais cette fois-ci nous sommes troublés par le traitement des animaux. On trouve un chien attaché dans un coin en train de pleurer, un autre qui veut des câlins mais qui se met à pleurer quand on veut jouer au bâton, et une perruche en petite cage en plein soleil… Les animaux sont clairement maltraités. Pourtant Daniel est gentil.

Nous partons faire une balade de 3h avec son fils Alexis et sa belle-fille Mickaella. C’est superbe, dans les arbres avec la montagne rouge en fond. Alexis a la parlote et raconte beaucoup de choses à Etienne. Je reprends ici ce qu’il en raconte :

« Alexis me raconte l’enfance de son père Daniel qui est digne d’un roman de Zola : à 11 ans il devait amener des mules jusqu’à des mines de l’Aconcagua, plus haut sommet d’Amérique, pour les charger avec la production des mines et les redescendre sur des chemins escarpés où nombre de personnes ont perdu la vie par le froid, l’altitude et les éboulements. Il devait parfois ramener des cadavres d’alpinistes (ou « andinistes » comme on dit ici) sur sa mule jusqu’en bas, sur 2 jours). Ils dormaient à 2 dans un sac de couchage pour ne pas mourir de froid. Il a ensuite travaillé de nombreuses années comme ouvrier agricole dans des conditions « à l’ancienne ». Son service militaire a été écourté car, étant quasiment né sur un cheval, il jouait au polo avec le haut gradé local qui a décidé de le laisser filer. Avec l’arrivée du tourisme et son business de balades à cheval il a fini par réussir à acheter une maison et à mettre sa famille à l’abri de la rudesse de la vie qu’il avait connu jusque là. En imaginant les nombreuses carences et difficultés rencontrées pendant une bonne partie de sa vie, le jugement est un peu plus clément ! »

On ira se poser quelques jours ensuite à Potrerillos où en gros le programme sera farniente, barbecues et devoirs. On tentera bien un tour en kayak sur le lac mais ce fut un échec complet, nos hanches n’ont pas tenu 15 minutes !

C’est à Potrerillos que j’apprends que mon 80% au boulot est accepté. Au retour je ne travaillerai donc pas les mardis, pendant 3 ans, jusqu’à ce que Charlotte rentre au collège ! On est hyper contents, ça va tellement nous simplifier la vie. Ça aide à se préparer au retour, je suis d’un coup moins angoissée par la reprise du travail, qui commençait à me prendre la tête un peu trop régulièrement.

Le samedi 4 avril la météo s’annonce moins clémente, nous décidons de repartir quelques jours à Mendoza. Étienne commence son article sur le Chili, j’emmène les filles faire des jeux d’arcade, et on continue les balades resto glace habituels.

Nous fêterons aussi Pâques. On visite un atelier de chocolats et on fait nos petites courses au passage. Ensuite on trouvera quelques endroits rigolos pour planquer les petits chocolats que les filles ont choisis, dans notre parking qui est déserté le dimanche. Ça n’a pas du tout le charme de la chasse aux œufs dans les arbres ou le jardin mais c’était bien marrant !

Au bout de trois jours de rédaction intensive, article quasiment terminé, photos traitées, l’ordinateur d’Étienne nous lâche… il ne démarre plus. Verdict : processeur hs. Étienne réussit à tout récupérer sur un disque dur mais tout est inutilisable jusqu’à l’ordinateur suivant que nous n’aurons qu’en France. Heureusement nous avions mis pas mal de livres sur nos liseuses, on devrait tenir jusqu’au bout. Et donc l’article sur le Chili sera publié après notre retour !

Le 8 nous prenons la route pour Tunuyan, au sud de Mendoza. On faire un stop dans un camping tout mignon ou les filles se lient d’affection avec les deux chiens de la propriétaire. Je pense qu’ils n’ont jamais eu autant de câlins en si peu de temps, ils ont passé deux jours sur le dos à se faire dorloter.

Puis on continue jusqu’à Manzano Historico. C’est un petit village avec un énorme monument hommage à San Martin, qui s’y serait reposé après ses campagnes chiliennes de l’autre côté des Andes. Après avoir visité le musée qui raconte ces traversées avec 800 chevaux, 300 mules, les réserves de nourriture, les poules, les canons etc, tout ça pour se battre à coup de fusils à l’arrivée, on comprend qu’ils aient eu besoin de repos !

On y fera une grande balade dans la montagne, un peu difficile, pour moi en tout cas (on a même failli abandonner au bout de 20 minutes !), mais c’était vraiment magnifique.

Le lundi 13 avril Francine est prête ! Un beau pare-brise tout neuf, ça fait plaisir ! Le garagiste dit qu’on peut rouler dès le lendemain, qu’il ne faut pas laver le pare-brise pendant 3 jours mais que rouler sous la pluie n’est pas un problème. Bizarre, mais on ne réagit pas, tellement contents de pouvoir rouler.

Le lendemain après-midi, alors qu’on roule depuis 6 ou 7 heures déjà, évidemment une grosse drache éclate. Rien à signaler jusqu’à une petite accalmie, où l’essuie-glace côté conducteur tombe sous le capot. J’arrive à m’arrêter sur le bas-côté, heureusement pas trop de circulation sur cette route. Étienne regarde des vidéos, bidouille sous le capot, toujours sous la pluie, et réussit à réparer l’essuie-glace. Il avait été mal revissé par le garagiste. Hyper dangereux… Au passage on se rend compte que le pare-brise n’est pas étanche, on a de l’eau sur le tableau de bord. On est déjà à 600km de Mendoza, on ne peut pas faire demi-tour. On est dépités, en colère, un peu tout en même temps. On trouve un endroit pour mettre Francine à l’abri et on laisse passer la nuit.

On décide d’aller jusqu’au Paraguay chez le super garagiste qu’on avait vu en septembre, Elvio est un as en qui on a confiance. Le jeudi on prend la route à 7h30. À 7h35 on est complètement embourbés en bord de route suite à un demi-tour malencontreux. Francine ne bouge plus du tout, les plaques de désensablement ne servent à rien du tout, on est totalement coincés. Heureusement qu’on a développé une résilience à toute épreuve. Et que les argentins sont adorables ! Un homme s’arrête et nous propose son aide. Lui et son ami arrêtent la circulation, nous tractent par l’arrière et en deux temps trois mouvements nous revoici sur la route ! Allez hop, c’est reparti.

Le vendredi 17 nous voilà arrivés à Hohenau au Paraguay. On retrouve le camping idyllique où on avait passé pas mal de temps. Le matin Étienne dépose Francine au garage, on passe la journée au bord de la piscine pendant qu’Elvio travaille. Les filles s’essaient au basket, au ping-pong, puis on se fait de bons repas le soir, des jeux, on est bien.

Le lundi Elvio nous annonce que le pare-brise se décolle complètement. Les dimensions ne sont pas tout à fait les bonnes, il doit le déposer et le remonter, Francine va dormir chez lui… On lui fait une confiance aveugle, on prend une chambre dans le camping. Ça donne une idée de ce qu’on vivra les dernières semaines quand Francine sera vendue, ça motive ! Et on a bien fait car depuis nous n’avons eu aucun nouveau problème !

On profite encore un peu du camping pendant les dernières réparations de carrosserie et d’électricité, puis le mercredi 22 Francine est prête. On a fait un contrôle technique qui ressort impeccable, on est contents. Direction Rio !

Quel bonheur de retrouver le Brésil, notre gros coup de coeur du voyage. La langue est chantante, les paysages verdoyants, les gens souriants. Bon par contre on ne comprend plus rien au brésilien. On a tout perdu !

On arrive assez vite à notre premier spot près de l’océan : Ubatuba. Les filles se roulent dans le sable, passent des heures dans l’eau qui est chaude, on joue aux raquettes les pieds dans l’eau, on boit une caipirinha au coucher du soleil, le paysage est une carte postale. On est tellement heureux.

Le lundi 27 avril on reprend la route pour fuir la pluie qui arrive et aller se poser dans un autre endroit coup de coeur, au nord de Rio : Arraial do Cabo. On y passera 12 jours à profiter de la plage tout en préparant le déménagement de Francine petit à petit.

On y fera aussi une journée en bateau avec des arrêts le long de plages magnifiques. La région est vraiment incroyable.

On fera connaissance avec nos voisins argentins bien sympa : Hermann, Cecilia et leur fille Inti de 10 ans. Elle deviendra une grande copine d’Olivia et Charlotte. Toutes les 3 vont jouer des heures au foot, chat perché, cache-cache etc. Eux voyagent 6 mois tous les deux ans, ils ont le voyage dans la peau. Prochain voyage en Europe avec un stop à Créon !

Lundi 11 on est prêts, Francine est pimpante, les valises sont faites. Il est temps de prendre la route, Sam, l’acheteur de Francine arrive le soir même à Rio ! Et là, c’est le drame. Au démarrage, voyant rouge sur le tableau de bord… On est obligés de trouver un garage en catastrophe. Heureusement Francine roule sans problème, et une heure plus tard un garagiste nous dit que c’est un problème de capteur encrassé, que tout va bien. Ouf ! Francine qui nous dit au revoir en quelques sortes. On en rigole. Jusqu’au dernier jour on aura eu peur !

On arrive chez Fritz à Rio en fin d’après-midi. Francine est garée ça y est, on l’a fait ! On ressent un mélange d’excitation et de nostalgie. Charlotte nous fera un gros chagrin avant le dernier dodo. C’est dur quand même de laisser partir notre petite maison roulante.

Heureusement elle est entre de bonnes mains. Sam, Sarah et Izia sont adorables. Ils ont hâte d’en prendre soin à leur tour et de commencer leur voyage le plus tôt possible.

On passe une très bonne journée avec Sam et son ami Loïc qui l’accompagne pour le road trip jusqu’en Guyane. On finit par un barbecue tous ensemble, on signe les papiers, on donne les clefs. Ce soir ce ne sera pas nous qui dormiront dedans.

Francine prend la route au petit matin, pour de nouvelles aventures. Et nous aussi. Il nous reste 3 semaines pour profiter du Brésil, et on compte bien le faire à fond les ballons ! Mais tranquille hein 😉

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